Grand tour médiéval du Péloponnèse

Corinthie — Corinthe et l’isthme

Le canal de Corinthe sépare le Péloponnèse du reste de la Grèce, et tout le monde est passé par là : marchands antiques, apôtres, croisés, Vénitiens, Ottomans. Dans la cité antique en contrebas, le Béma garde le souvenir du procès intenté à l’apôtre Paul devant le proconsul Gallion en l’an 51 ; les Byzantins en firent plus tard une église. Le temple d’Apollon et la voie de Léchaion complètent le site, tandis que le monastère de Saint-Patapios, creusé dans la montagne au-dessus de Loutraki, veille sur l’isthme. La porte du grand Sud grec s’ouvre ici.

Argolide — Nauplie et ses forteresses

Première capitale de la Grèce moderne, Nauplie a été franque, vénitienne et ottomane avant d’être grecque, et porte les quatre héritages sans en renier aucun. La forteresse de Palamidi domine ses toits ; l’îlot fortifié de Bourtzi flotte au milieu de sa baie ; des ruelles à l’italienne montent vers des églises orthodoxes. Autour d’elle, l’Argolide garde Mycènes et sa porte des Lionnes, ainsi que le théâtre d’Épidaure, le mieux conservé de Grèce. Une région où la Grèce d’Homère et celle de Venise se répondent à quelques kilomètres l’une de l’autre.

Achaïe — Kalavryta et Patras

Après la chute de Constantinople, ce sont les monastères qui ont tenu. Plus proches des paysans que le haut clergé, ils sont devenus, durant près de trois siècles d’occupation, les gardiens d’une identité que rien d’autre ne protégeait. C’est à Agia Lavra que fut levé, en 1821, l’étendard de la Révolution grecque ; tout près, Mega Spilaio, l’un des plus anciens monastères du monde orthodoxe, est bâti à l’intérieur même d’une grotte. Sur la côte, la cathédrale Saint-André de Patras, plus grande église de Grèce, abrite le chef de l’apôtre et un fragment de sa croix.

Laconie — Mystra et Monemvasie

Sur un versant escarpé du mont Taygète se dresse Mystra, la ville byzantine la mieux préservée de Grèce. Fondée en 1249 par le seigneur franc Guillaume II de Villehardouin, passée aux Byzantins dès 1262, elle devint au XIVe siècle la capitale du despotat de Morée, où s’éteignit le dernier souffle de l’Empire. Il en reste le château, les monastères de la Pantanassa et de la Péribleptos, le tracé des rues et des maisons en ruines. Plus au sud, Monemvasie, la ville-rocher surnommée le Gibraltar de l’Orient, prolonge cette Grèce médiévale restée intacte.

Magne et Messénie — Le bout des terres

Ici, la Grèce se durcit. Dans le Magne, des villages entiers sont faits de tours de pierre, bâties par des familles en guerre les unes contre les autres pendant des générations, et des centaines de petites chapelles byzantines parsèment une campagne sans arbres. Les grottes marines de Diros s’explorent en barque. Plus à l’ouest, en Messénie, le monastère de Panaghia Voulkano domine la plaine de Kalamata, tandis que les forteresses vénitiennes de Methoni et Koroni, parmi les mieux conservées de Méditerranée, gardent encore les rivages. On y vient comprendre ce que veut dire tenir bon.